Un coup d'accélérateur pour la logistique électrique européenne
Le transport routier de marchandises bascule lentement vers l'électrique, mais le nerf de la guerre reste le même qu'en voiture particulière : la disponibilité de bornes adaptées sur les grands axes. Milence, coentreprise réunissant Daimler Truck, le groupe Traton et Volvo, vient de sécuriser une enveloppe de 120 millions d'euros pour étoffer son maillage européen de stations dédiées aux camions zéro émission. Pour les transporteurs qui hésitent encore à passer commande, c'est un signal fort sur la fiabilité future du ravitaillement électrique longue distance.
Pourquoi ce financement compte pour le coût du transport
Un poids lourd électrique avale facilement 350 à 400 kWh par session de recharge, là où une berline familiale se contente de 60 à 80 kWh. Sans infrastructure puissante, un chauffeur peut perdre plusieurs heures par jour à attendre, ce qui plombe immédiatement le prix de revient kilométrique. En densifiant son réseau, Milence cherche à ramener la pause recharge dans la fenêtre réglementaire des 45 minutes obligatoires après 4h30 de conduite. Si le pari est tenu, le surcoût opérationnel d'un camion électrique face à un diesel se réduit fortement, surtout sur les corridors européens où le gazole professionnel reste taxé.
Concrètement, un transporteur qui roule 120 000 km par an et consomme 1,3 kWh/km dépense environ 31 000 euros d'énergie au tarif moyen pro de 0,20 euro/kWh, contre 50 000 à 55 000 euros en gazole sur la même distance. L'écart finance une partie du surcoût d'achat du véhicule, à condition que les bornes soient accessibles au bon moment.
Ce que les flottes peuvent faire dès maintenant
Même sans attendre l'ouverture de nouveaux sites, plusieurs leviers existent pour préparer le passage à l'électrique sans casser la rentabilité :
- Cartographier les tournées récurrentes et identifier les points où une borne haute puissance est déjà disponible ou annoncée à court terme.
- Négocier dès maintenant un contrat de fourniture d'électricité à prix fixe pour le dépôt, afin de sécuriser la recharge nocturne, qui reste l'option la moins chère.
- Mixer la flotte : commencer par les rotations régionales sous 300 km, où l'autonomie réelle d'un tracteur électrique suffit déjà sans recharge intermédiaire.
- Surveiller les aides nationales et les appels à projets européens, qui peuvent couvrir jusqu'à 40 % de l'investissement véhicule selon les pays.
Les constructeurs annoncent désormais des camions de 500 à 600 km d'autonomie réelle, mais c'est bien le maillage de bornes ouvertes au public qui décidera du rythme de bascule. Les 120 millions levés par Milence ne suffiront pas seuls à couvrir tout le continent, néanmoins ils crédibilisent une trajectoire que les chargeurs et les commissionnaires intègrent désormais dans leurs appels d'offres carbone.
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